Histoire de la Torre del Oro
Sa construction almohade, l’origine de son nom et les transformations qui ont façonné la tour actuelle.
Contenu
La Tour de l'Or fut érigée lors du dernier moment de splendeur almohade à Séville, à peine vingt-sept ans avant que la ville ne tombe aux mains des Castillans. C'est, en un sens, le bâtiment d'un adieu.
Qui a construit la Tour de l'Or et en quelle année
Elle fut commandée par Abù l-Ulà, gouverneur almohade de Séville, entre 1220 et 1221, sous le califat d'Abu Yaqub Yusuf II. Les sources arabes qui documentent l'ouvrage sont assez précises dans leur datation, ce qui n'est pas habituel pour les constructions de cette époque.
Le contexte compte. Les Almohades fortifiaient Séville depuis des décennies et avaient déjà élevé la Giralda comme minaret de la grande mosquée. Mais en 1220, l'empire almohade était en plein déclin après la défaite de Las Navas de Tolosa en 1212, et l'avancée castillane vers le sud constituait une menace réelle. La tour est un ouvrage d'urgence défensive, non de prestige.
Pourquoi elle a été construite
Pour fermer le fleuve. Telle est la réponse complète.
Séville était un port fluvial, et sa vulnérabilité résidait dans le Guadalquivir : une flotte ennemie qui remontait le fleuve arrivait directement au cœur de la ville. La Tour de l'Or résolvait ce problème physiquement. Depuis elle, on tendait une grosse chaîne qui traversait le fleuve jusqu'à la rive de Triana, bloquant le passage des embarcations.
En outre, la tour venait parachever le système de murailles qui protégeait l'Arenal et l'arsenal. Elle était reliée à l'enceinte fortifiée par un tronçon fortifié appelé coracha, ce qui en fait techniquement une tour albarrane : séparée du rempart principal mais reliée à lui.
Le système tint vingt-sept ans. En 1248, pendant le siège de Ferdinand III, la flotte castillane commandée par Ramón de Bonifaz rompit la chaîne. Séville capitula cette même année.
Pourquoi elle s'appelle la Tour de l'Or
Commençons par ce qu'elle n'est pas. Elle ne s'appelle pas ainsi parce qu'on y gardait l'or des Amériques : cette mission revenait à la Casa de la Contratación, et de plus le nom est documenté plus de deux siècles avant le premier voyage de Colomb. C'est l'explication la plus répétée et elle est erronée.
Les hypothèses fondées sont au nombre de deux :
Le revêtement de chaux et de paille
La tour était recouverte d'un mortier de chaux et de paille pressée qui, sous la lumière rasante de l'aube ou du couchant, produisait un reflet doré sur l'eau du fleuve. C'est l'explication aujourd'hui la plus acceptée, et les sondages réalisés lors des restaurations ont trouvé des vestiges compatibles avec ce type de finition.
Les azulejos dorés
Un autre courant soutient qu'elle était couverte d'azulejos vernissés dorés, aujourd'hui disparus. C'est une hypothèse cohérente avec la pratique constructive almohade, mais elle bénéficie de moins de preuves matérielles que la précédente.
Les deux explications convergent vers un même point : le nom décrit l'aspect de la tour vue depuis le fleuve, ce qui est exactement la perspective depuis laquelle elle fut conçue.
Architecture et structure
La tour mesure environ 36 mètres et se compose de trois corps superposés d'époques très différentes.
| Corps | Époque | Plan | Auteur |
|---|---|---|---|
| Premier | 1220-1221 | Dodécagonal | Almohade (Abù l-Ulà) |
| Deuxième | XIVe siècle | Dodécagonal, plus étroit | Époque de Pierre Ier |
| Troisième | 1760 | Cylindrique avec coupole | Sebastián Van der Borcht |
Le plan dodécagonal
Douze côtés. C'est un trait peu fréquent, aux conséquences visuelles marquées : en faisant le tour de la tour, le profil semble changer continuellement parce que les pans n'ont pas tous la même largeur. Sur le plan constructif, le plan polygonal répartit mieux les poussées qu'un plan carré et offre moins d'angles morts à la défense.
Matériaux et technique
Moellons et pierre de taille dans les corps almohades, avec des parements revêtus. Les pans extérieurs présentent un décor d'arcs entrelacés aveugles caractéristique du répertoire almohade, la même famille formelle que l'on retrouve dans la Giralda.
Le tremblement de terre de Lisbonne et la reconstruction de 1760
Le séisme de 1755 endommagea gravement la partie supérieure. Cinq ans plus tard, l'ingénieur militaire Sebastián Van der Borcht — également auteur de la Real Fábrica de Tabacos, aujourd'hui siège de l'université de Séville — conçut le couronnement cylindrique à coupole qui surmonte la tour depuis lors.
C'est la raison pour laquelle le monument présente un profil si peu unitaire : un soubassement militaire du XIIIe siècle surmonté d'une lanterne baroque du XVIIIe.
La Tour de la Plata, la sœur oubliée
La Tour de l'Or n'était pas seule. Elle formait système avec la Tour de la Plata, elle aussi almohade, de plan octogonal, située vers l'intérieur des terres et reliée à la première par un pan de muraille qui fermait l'accès à l'Arenal.
Elle est toujours debout. Elle se trouve dans la rue Santander, encastrée entre des constructions postérieures, et passe totalement inaperçue pour la plupart des visiteurs. Si la Séville almohade vous intéresse, elle mérite le détour de cinq minutes depuis la Tour de l'Or.
La croyance selon laquelle les deux tours devraient leur nom aux métaux qu'elles gardaient est, là encore, une construction populaire tardive sans base documentaire.
Tour de l'Or et Giralda : ce qui les unit et ce qui les sépare
C'est une confusion fréquente, il vaut donc la peine de la lever.
| Tour de l'Or | Giralda | |
|---|---|---|
| Fonction d'origine | Tour défensive | Minaret de la grande mosquée |
| Construction | 1220-1221 | 1184-1198 |
| Hauteur | ≈ 36 m | ≈ 105 m |
| Plan | Dodécagonal | Carré |
| Couronnement actuel | Coupole de 1760 | Clocher Renaissance de 1568 |
| Usage actuel | Musée naval | Clocher de la cathédrale |
Ce qui les unit : toutes deux sont almohades, toutes deux furent remaniées à l'époque chrétienne avec des couronnements de style bien postérieur, et toutes deux sont devenues des symboles de la ville. Ce qui les sépare : tout le reste, à commencer par leur fonction. Elles sont distantes d'environ 700 mètres, soit une dizaine de minutes à pied.
Légendes de la Tour de l'Or
Un édifice de huit siècles au bord d'un fleuve accumule les récits. Voici les plus répandus, présentés pour ce qu'ils sont : une tradition orale, et non une histoire documentée.
- Le trésor caché. Selon la légende, une chambre renfermant l'or des Indes existerait sous la tour. Aucun indice archéologique ne l'étaye.
- Le passage vers l'Alcázar. Un tunnel souterrain relierait la tour au Real Alcázar. C'est un motif courant dans toutes les villes à architecture militaire, et il n'a jamais été documenté ici.
- Les amours de Pierre Ier. La tradition associe la tour à des épisodes sentimentaux du roi, qui l'utilisa effectivement comme prison. La frontière entre chronique et légende sous le règne de Pierre Ier est particulièrement poreuse.
- L'éclat qui guidait les navires. Le reflet doré aurait servi de phare aux embarcations remontant le fleuve. Poétique, et probablement l'écho de l'explication réelle du nom.
Protection et restaurations
La tour fut déclarée monument historique et artistique en 1931, une figure équivalente à l'actuel bien d'intérêt culturel. Elle a fait l'objet de plusieurs campagnes de restauration tout au long du XXe siècle et au début du XXIe, dont une intervention remarquable en 2005 sur les parements extérieurs, qui a rendu à la façade une teinte plus proche de l'originale.
Elle appartient à l'État et sa gestion relève de la Marine espagnole, qui y entretient le Musée naval de Séville depuis 1944.
Questions fréquentes
Qui a fait construire la Torre del Oro ?
Le gouverneur almohade de Séville, Abù l-Ulà, l’a fait construire entre 1220 et 1221 pour défendre le port fluvial et surveiller le Guadalquivir.
Pourquoi s’appelle-t-elle Torre del Oro ?
L’hypothèse la plus admise est liée au reflet doré que produisait son ancien revêtement sur l’eau. L’histoire de l’or des Amériques entreposé dans la tour est une légende.
Combien de corps compte la tour ?
La Torre del Oro en compte trois : deux corps dodécagonaux anciens et un couronnement cylindrique ajouté au XVIIIe siècle.
Quel est le lien entre la Torre del Oro et la Giralda ?
Ce sont deux monuments distincts de Séville, tous deux d’origine almohade, mais construits pour des fonctions différentes : défense fluviale pour la tour et minaret pour la Giralda.